La deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto est
sur les rails, les « jalons » sont posés pour un accord contraignant
à long terme, la question de la réparation des « pertes et dommages »
générés par les changements climatiques est à l’agenda de la prochaine réunion…
Oui mais soyons clairs : si l’on en revient à l’objectif premier, limiter
le réchauffement à un niveau susceptible de nous éviter des impacts néfastes
majeurs et irréversibles, Doha est un échec. Un de plus.
Sous réserve de précisions – sans être soi-même négociateur,
il est fort difficile de connaître et comprendre toutes les finesses du
processus - voici ce qu’on peut ressortir
de Doha en très peu de lignes :
1. La
deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto est confirmée. Elle
s’étalera de janvier 2013 à décembre 2020, avec moins de pays liés par des
obligations de résultats : les Etats-Unis ne sont bien sûr toujours pas de
la partie, le Canada s’est retiré, de même que la Russie, le Japon et la
Nouvelle-Zélande. Restent en lice l’UE
et ses membres, plus dix pays, dont l’Australie,
la Norvège, la Suisse et l’Ukraine. Les
objectifs sont très largement insuffisants au regard des projections
climatiques. On s’engage à les « réexaminer » à la hausse en 2014,
lors de la prochaine publication du rapport du GIEC. Enfin, les surplus de
quotas d’émissions allouées en excès à certains pays lors de la première
période et aujourd’hui détenus en masse par des pays qui y voient une belle
manne d’argent facile, comme la Russie, la Pologne et l’Ukraine, ne sont pas
retirés du marché, même si l’UE, l’Australie et d’autres se sont engagés à ne
pas y avoir recours.
2. Les
pays en voie de développement, auxquels a été promise une somme annuelle de 100
milliards de dollars à titre d’aide dans les politiques climatiques, à partir
de 2020, exigeaient une trajectoire fixant les montants intermédiaires. Refusé,
hors quelques engagements unilatéraux. La question du financement des dégâts
générés par le changement climatique (« Pertes et dommages ») est
inscrite à l’agenda de la prochaine conférence (Varsovie, 2013). Le Sud a
poussé, malgré la forte résistance des Etats-Unis, entre autres. Pour quels
résultats l’an prochain ? à voir…
3. Les
travaux préparatoires à un accord global contraignant, à signer en 2015 (mise
en œuvre 2020) se sont poursuivis, plus en termes organisationnels que de
contenu.
Quelles conclusions tirer de cela ? Qu’il est urgent de travailler
là où peut. Ici, en Belgique, dans nos entreprises, dans nos administrations, à
travers nos politiques et dans comportements. J’ai toujours été un fervent
défenseur des approches normatives, réglementaires, multilatérales, mais il
devient évident que ces processus-là seront bien trop lents. Malgré le travail
exceptionnel de certains négociateurs, le processus climatique piétine, en
dépit de tout bon sens. La fuite en avant déjà évoquée en témoigne. Ronald
Jumeau, négociateur pour les Seychelles, a résumé l’absurdité de la situation en
s’adressant au représentant américain, il y a quelques jours : « Si
nous avions plus d’ambitions [de la part des pays riches, dans leurs
politiques de diminution des émissions], nous n’aurions pas demandé autant
d’aide pour nous adapter [au changement climatique]. Si les moyens avaient été
suffisants pour l’adaptation, nous ne serions pas à la recherche de moyens pour
compenser les dégâts subis. Quelle
est l’étape suivante ? La compensation pour la perte de nos îles?” [1]



