mardi 27 novembre 2012

C’est plus grave que ce qu’on vous dit… mais on peut s’en sortir !


Pierre Larrouturou me pardonnera d‘avoir emprunté le titre de son dernier livre  : je n’ai pas trouvé mieux. Il s’attaque aux dérives économiques et sociales, et on parle ici du changement climatique, mais le constat est le même et – mieux ! – les solutions qu’il avance sont très pertinentes également. Pas étonnant, en réalité. Absences ou rupture des solidarités, inégalités insoutenables, consommation érigée en valeur première : aux mêmes maux les mêmes remèdes…

Petite mise en contexte : la population du Qatar a triplé en 10 ans, pour atteindre aujourd’hui près de 2 millions de personnes, dont 20 % à peine de nationaux, et 76% d’hommes . La raison ? Doté de richesses colossales grâce à son sous-sol (PIB/habitant le plus élevé au monde) , le pays est pris d’une frénésie de construction et de développement des infrastructures, assurées presque exclusivement par des migrants venus d’Asie du Sud (Bangladesh, Nepal, Inde, …). Et dans quelles conditions : souvent exploités, menacés, sans droit de se syndiquer, ils doivent faire face, selon l’association Human Rights Watch, à des « frais de recrutement exorbitants, qu'il faut parfois des années pour rembourser », à « la fréquente confiscation du passeport de l'employé par l'employeur », et aux « restrictions imposées par le système de parrainage en vigueur au Qatar, qui donne aux employeurs un pouvoir démesuré sur leurs salariés. »

L’environnement ? Champions du monde des émissions de gaz à effet de serre  avec  des émissions par habitant près de trois fois supérieures à celles des américains, plus de 100 fois supérieures à celles de plusieurs pays africains, les Qataris consomment également plus d’eau que quiconque. Une eau issue des usines de dessalement, au prix entre autres d’un processus extrêmement énergivore…
Et c’est donc au Qatar qu’on organise la 18ème conférence des Nations unies sur le Climat….
Pour les syndicats, qui ont intégré politiques de justice sociale et stratégies de protection de l’environnement en un seul concept - la transition juste - la pilule est amère. Mais même si le discours finit par lasser, on ne peut pas laisser tomber. La question n’est pas de savoir si on va éviter de sérieux problèmes environnementaux et les crises sociales qui les accompagneront, dans les décennies qui viennent : il est trop tard pour cela. La marge dont on dispose est pourtant encore énorme : en fonction des actions entreprises ces prochaines années, dégâts et crises seront relativement gérables ou ne le seront pas.

Un des enjeux principaux à Doha sera la deuxième période d’engagement du protocole de Kyoto, qui fixera les objectifs quantifiés de réduction d’émissions pour les pays industrialisés participants (toujours pas d’Etats-Unis, pas de Canada non plus, et d’autres incertitudes), pour une période de 5 ou 8 ans. Un accord convaincant est essentiel, et fait figure d’étape importante pour entrainer les autres pays du monde dans un effort global. Un deuxième enjeu est en effet l’élaboration du cadre qui fixera les règles du nouveau régime climatique, global et contraignant pour tous, à adopter en 2015 pour une mise en œuvre en 2020.

Bien sûr, le succès de la conférence dépendra, entre autres, des résultats obtenus sur ces deux dossiers (la question du financement, par exemple, sera également essentielle). Mais il dépendra aussi des critères sociaux qui auront été pris en compte – ou non - dans les décisions. Sans respect des droits humains, sans respect général des normes établies par l’Organisation Internationale du Travail, la politique climatique ferait fausse route. Nous sommes bien sûr particulièrement attentifs à ces aspects.
Quant aux chances de succès de ce sommet, on a appris à être très prudents, bien sûr. D’un côté, certains signes incitent à un peu d’optimisme. Les scientifiques, puis les associations et la société civile ont eu jusqu’ici eu beaucoup de mal à se faire entendre. Aujourd’hui, ce sont des institutions comme la Banque Mondiale et l’Agence Internationale de l’Energie qui lancent chacune un appel à la raison . C’est regrettable, mais elles seront peut-être plus audibles, y compris par certains pays faisant preuve jusqu’ici de mauvaise volonté.  De l’autre, la plupart des participants à la conférence arrivent les mains vides et, même si la « transition juste » est un objectif explicite des accords de Cancun, rien n’indique à ce jour une volonté réelle de faire évoluer de concert progrès social et action environnementale.

Le chiffre : 30 milliards de dollars.
C’est le montant promis à Copenhague par les pays « développés » pour aider les pays « en voie de développement » à financer leurs efforts d’atténuation et d’adaptation au changement climatique sur la période 2010-2012, dans le cadre du mécanisme « Fast Start ». Des promesses loin d’avoir été tenues intégralement à ce stade, y compris par la Belgique. 
A titre de comparaison, les investissements en infrastructures et dans le secteur énergétiques spécifiquement liés à l’organisation de la coupe du monde de football, en 2022, sont estimés à 80 milliards de dollars par la Banque Commerciale du Qatar . La construction de 12 stades couverts et climatisés, dans lesquels les équipes s’affronteront par une température extérieure dépassant les 40°c, s’accompagnera d’investissements massifs dans les infrastructure de transports, la capacité hôtelière, …
Ecœuré(e) ?




[1] Ministère de l’économie et des Finances, République française - http://www.tresor.economie.gouv.fr/Pays/qatar
[1] Voir entre autres http://www.banquemondiale.org/fr/news/2012/11/18/new-report-examines-risks-of-degree-hotter-world-by-end-of-century et http://www.iea.org/newsroomandevents/news/2012/august/name,30638,en.html

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