lundi 3 décembre 2012

A côté de la conférence …

Bureau de recrutement pour
travailleurs migrants
Plusieurs rencontres intéressantes ces deux derniers jours. Vendredi matin, après la réunion de 7h15 qui se tient quotidiennement avec la délégation belge, le taximan éthiopien nous parle un peu de lui. Arrivé il y a deux ans, il travaille onze heure par jour, 6 jours par semaine. Des conditions de travail pourtant sans aucun doute moins pénibles que pour beaucoup d’autres, travailleurs/euses domestiques ou employés du secteur de la construction, par exemple. Pourquoi avoir quitté l’Ethiopie ? Parce qu’il n’y a pas de travail là-bas, bien sûr. Et le Qatar lui permet d’exercer son culte sans difficulté, nous dit-il (il est chrétien). La conférence apporte des clients mais il ne sait pas trop de quoi on y parle. Pour ce qui est de l’avenir, il ne sait pas, «  I have no plans »…

Passage ensuite par une information organisée entre autre par la CSI dans le cadre de la campagne pour les droits des travailleurs migrants, lancée après le choix du Qatar comme pays hôte de la coupe du monde de football 2012. Pendant le pique-nique qui suit, autre conversation avec un syndicaliste népalais, qui m’explique comment il a été emprisonné puis expulsé de Corée il y a 12 ans, alors qu’il essayait d’y créer un syndicat pour les travailleurs migrants. La situation a évolué depuis, et il veut apporter son expérience ici, pour aider à engendrer la même évolution.

Le lendemain, première « manifestation » autorisée sur le territoire Qatari. J’ai un peu hésité : en fait de manif, il s’agit plus d’un événement soigneusement encadré par les autorités, dont la publicité est faite partout, y compris sur la page d’accueil du site officiel de la conférence.


Délégation syndicale
Organisé sur un tronçon de route entre la mer et les bâtiments les plus clinquants de la ville, un aller-retour entre deux séries de barrières Nadar. Une collègue du mouvement Nord-Sud me dit que ça sent l’annonce par le Qatar d’un engagement de réduction de ses émissions à la fin de la semaine. Bien vu, à mon avis. Le taximan qui m’emmène est indien, ingénieur civil sans beaucoup de travail depuis 3 ans mais lié à son employeur par le système de « sponsoring », qui l’empêche d’aller voir ailleurs. Il ne se plaint pas pour autant et me dit que son chef est quelqu’un de bien. Une chose me frappe : comme son collègue éthiopien rencontré la veille, il met l’accent sur une chose : la température en été, invivable. Pourtant, c’est en été qu’elle augmentera le plus : 5, 6°c voire plus d’après les projections actuelles, en l’absence de mesures fortes. Doha gonfle aujourd’hui à vue d’œil, mais combien de gens vivront encore ici dans quelques décennies ? 

Au centre de conférence lui-même, je me rends surtout à des « side events », organisés en marge de des réunions officielles par des ONG, et bien sûr à celui tenu vendredi à l’initiative de la CSI, sur le thème du financement des politiques climatiques. Climat et pauvreté, transports, … On apprend des choses mais j’ai du mal à me départir d’un sentiment désagréable, déjà présent avant mon départ.  « Time to act !» C’est le slogan qu’on entend le plus depuis des années quand on parle du climat. Bien sûr, il faut que la société civile soit présente pour tenter d’influencer les décideurs, faire sentir la pression, mais est-ce qu’une partie de ceux qui sont ici – moi compris - ne devrait pas le mettre en pratique, en travaillant concrètement à la transition juste et en économisant au passage le bon paquet de CO2 émis pour venir se rassembler dans le désert ?

Je n'ai pas grand chose à dire sur le déroulement des négociations elles-mêmes: aucun résultat concret n'a encore été atteint, ni sur la deuxième période d'engagement du protocole de Kyoto et l'Action coopérative à long terme, pour lesquels les négociations doivent pourtant être menées à terme cette semaine, ni dans le cadre de l'ADP (accords global contraignant à finaliser pour 2015 au plus tard).

Pas mal de lassitude chez les gens qui suivent le processus depuis longtemps, et un constat récurrent: à force de créer en permanence de nouveaux outils, parce ceux en place ne permettent pas d'en sortir, le tout devient incompréhensible et ingérable.

1 commentaire:

  1. Salut Phil,

    Merci pour la belle plume avec laquelle tu partages tes impressions.. Tes éclairages sur la conférence "off" sont captivants. J'espère qu'on ne te manque pas trop :-)
    Béné

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